
Les stéréotypies chez les chevaux, ou troubles obsessionnels compulsifs, sont des comportements anormaux et répétitifs sans but ni objectif apparent, qui indiquent un mal-être. Elles n’ont aucune fonction déterminée. Elles sont observées uniquement chez les chevaux en captivité — aucun cas n’a été relevé chez les chevaux « sauvages » vivant en liberté. Des comportements comme le tic à l’air, le tic de l’ours ou le tic déambulatoire dans le box sont souvent qualifiés de « vices », sous-entendant que le cheval agit mal ou de manière répréhensible. En réalité, ces comportements traduisent une tentative du cheval de s’adapter à un environnement qu’il perçoit comme difficile ou stressant et qui ne répond pas à ses besoins naturels.
Il est important de comprendre d’où viennent ces comportements et comment les éviter afin d’assurer à nos compagnons le bien-être auquel ils ont droit. En identifiant les causes de ces comportements, il devient possible de mettre en place des solutions adaptées pour améliorer leur qualité de vie et leur équilibre émotionnel.
Les différentes stéréotypies chez le cheval
Il y a différents types de comportements stéréotypiques. ils peuvent être locomoteurs, oraux, agressifs ou auto-agressifs. Voici quelques exemples :
- Le tic à l’appui : le cheval s’appuie sur un objet avec ses dents, souvent avec un son d’aspiration d’air.
- Le tic de l’ours : le cheval balance sa tête et son corps d’un côté à l’autre, souvent au-dessus de la porte de son box ou dans un espace restreint.
- Le grattage compulsif : le cheval gratte le sol de manière répétée, notamment avec ses antérieurs.
- Le léchage excessif : le cheval lèche de manière prolongée les objets ou ses propres membres.
- Le mâchonnement d’air : il mâche ou mordille dans le vide sans rien consommer, souvent signe d’anxiété ou de frustration.
- La déambulation : le cheval tourne en cercle dans son box ou paddock, selon un tracé qui est toujours le même.
- L’auto-mutilation : il se mord ou se gratte jusqu’à se blesser.
- Le tic de menace : il se manifeste par des gestes agressifs sans cible apparente, comme taper ou mordre dans le vide, alors qu’il est seul dans son box.
Bien qu’on ne voie pas toujours le cheval en train de tiquer, des indices peuvent indiquer l’apparition d’une stéréotypie, par exemple des marques de dents sur la porte en bois de son box. Ce comportement pourrait être en phase de formation et en agissant rapidement, il est possible d’ajuster son environnement pour prévenir la fixation de ce comportement.
Les causes des stéréotypies
A l’origine, les chevaux vivaient en troupeaux, créant ainsi des groupes sociaux durables. Ensemble, ils parcouraient de vastes espaces à la recherche d’eau et de nourriture, passant jusqu’à 16h/jour à brouter. Bien que la domestication ait duré 6 000 ans, les besoins biologiques des chevaux en termes de mouvement, de recherche de nourriture et de liens sociaux restent inchangés.
Cependant, les conditions de vie des chevaux aujourd’hui ont complètement changé. Les stéréotypies qui en résultent sont souvent dues à des restrictions spatiales, alimentaires et sociales dans leur environnement :
- Les contraintes spatiales, telles que la vie en box, limitent leur liberté de mouvement, les empêchant de parcourir de grandes distances comme le faisaient leurs ancêtres.
- Les restrictions alimentaires, comme l’absence de foin à volonté et l’administration de concentrés à heures fixes, modifient leur comportement alimentaire naturel et peuvent provoquer de l’ennui ou de la frustration.
- Les restrictions sociales, telles que l’isolement des chevaux ou un contact minimal avec d’autres congénères, nuisent également à leur besoin inné de créer des liens sociaux, entraînant souvent du stress et des comportements répétitifs.
- Enfin, un sevrage trop précoce, une séparation brusque d’avec la mère ou un changement abrupt dans l’environnement spatial, social et alimentaire placent le poulain dans une situation particulièrement déséquilibrée.
Les stéréotypies, telles que décrites ci-dessus, ne sont pas seulement des symptômes visibles d’un problème, mais aussi des indicateurs de l’incapacité de l’animal à satisfaire ses besoins fondamentaux.
Le tic chez le cheval lui permet d’atténuer temporairement l’impact des problèmes physiologiques. En effet, la répétition de ces comportements pourrait induire une forme de relaxation ou d’automédication comportementale, lui permettant de réduire l’anxiété et de diminuer la perception de la douleur. Cependant, bien que ces comportements puissent temporairement soulager, ils ne résolvent pas les causes sous-jacentes.
Les conséquences
Les stéréotypies ne sont pas sans conséquences sur la santé des chevaux. Elles peuvent être d’ordre physique, mental et/ou avoir une influence sur les relations avec les humains ou les congénères. Quelques exemples :
- Le tic à l’appui peut entraîner une usure prématurée des dents.
- Le tic de l’ours entraîne une fatigue musculaire en exerçant une pression excessive sur les articulations.
- Le tic déambulatoire dépense beaucoup d’énergie, ce qui peut rendre difficile pour le cheval de maintenir un poids stable.
- Des blessures peuvent être causées par l’auto-mutilation ou des coups de pied répétés dans la porte du box.
Ces risques soulignent l’importance d’agir rapidement pour prévenir ou traiter les stéréotypies chez les chevaux.
Comment réduire les stéréotypies
Les chercheurs s’accordent à dire qu’il est plus efficace de prévenir le développement des stéréotypies que de tenter de les éliminer une fois installées. Avec le temps, ces comportements peuvent se détacher de leur déclencheur initial, devenant plus résistants aux changements et apparaissant dans des situations diverses.
Avant toute chose, il faut rechercher les causes récentes ou anciennes de ces comportements. Puis, pour améliorer le bien-être des chevaux, voici quelques recommandations :
- Privilégier la vie au pré avec des congénères : ce sont les conditions de vie les plus proches des conditions naturelles des chevaux.
- Maximiser le temps de mastication en donnant du foin à volonté : un foin riche en fibres et de qualité permet au cheval de manger plus longtemps, répondant ainsi à son besoin naturel de pâturer. Ainsi, lorsqu’il est occupé à manger, il ne cherche pas d’activité de substitution et a moins de risque de développer ou d’aggraver une stéréotypie
- Réduire ou éliminer les concentrés : Limiter les concentrés et offrir du foin avant les céréales permet de réduire les comportements stéréotypés et les douleurs gastriques liées aux ulcères.
- Moins d’interférences avec les poulains sevrés : Un sevrage naturel, sans confinement excessif ni céréales, permet de réduire l’incidence des stéréotypies.
- Favoriser l’interaction sociale : Laisser les chevaux se toucher, vivre en groupe ou en couple améliore leur bien-être et réduit les stéréotypies. Le contact tactile avec des congénères.
- Offrir plus d’activités physiques et mentales : Permettre d’éviter l’ennui.
- Installer des miroirs : En dernier recours, s’il n’est vraiment pas possible de donner un compagnon au cheval, un miroir peut être bénéfique.
- Limiter les effets secondaires : en installant une barre de bois tendre là où le cheval tique à l’appui ou en aménageant le sol du box avec des tapis en caoutchouc et une grosse épaisseur de paille pour le cheval qui déambule…
Ce qu’il faut éviter
Des recherches ont montré que l’adoption de comportements stéréotypés peut aider à réduire le stress et soulager l’inconfort physique. Par conséquent, empêcher un cheval de tiquer pourrait supprimer les symptômes mais pas les causes. Ce serait contre-productif et pourrait avoir les effets suivants :
- Entraîner l’apparition d’une autre stéréotypie pour remplacer celle qui lui est interdite.
- Risque accru de tiquer davantage dès qu’on supprime la restriction (effet rebond).
- Augmenter son stress et son mal-être.
Enfin, isoler un cheval pour éviter qu’il ne « contamine » les autres est inutile, car les stéréotypies ne sont pas contagieuses.
Conclusion
En conclusion, il est essentiel de privilégier la prévention et l’intervention rapide face aux stéréotypies, afin de protéger le bien-être des chevaux. L’adoption de pratiques de gestion éthiques et respectueuses de leurs besoins fondamentaux est primordiale pour éviter l’apparition de ces comportements. En outre, il est crucial de continuer à soutenir la recherche et à sensibiliser le public, afin de mieux comprendre ces comportements et d’améliorer les conditions de vie des chevaux, tant dans le milieu équestre que dans l’élevage.
